Un forum qui place l’Afrique au centre de la responsabilité mondiale
Impact Mag : Bonjour Monsieur Nze-Bekale, merci d’avoir accepté cet échange. Vous êtes à la fois dirigeant d’entreprise, investisseur et participant du Forum. Quelle est votre vision derrière cette 9ᵉ édition organisée à Lomé ?
Fabrice Nze-Bekale : Le Forum est né d’une conviction simple : l’Afrique ne peut pas être absente des grands débats sur la durabilité et la responsabilité. Nous parlons d’un continent jeune, créatif, mais encore trop souvent marginalisé dans les décisions qui façonnent l’économie mondiale. Avec l’African Business & Social Responsibility Forum, nous voulons inverser cette logique : placer l’Afrique au centre, non pas en victime des modèles importés, mais en source d’inspiration.
« La convergence », un mot clé

Impact Mag : Le thème de cette année — « le temps de la convergence » — est fort. Que recouvre-t-il exactement ?
FNB : Il renvoie à une idée d’unité : nous avons trop longtemps fonctionné en silos. Les gouvernements d’un côté, les entreprises de l’autre, et la société civile à part. La RSE et les Objectifs de Développement Durable ne peuvent réussir que si ces mondes coopèrent. Convergence signifie donc action collective, partage d’indicateurs, mutualisation des moyens. C’est un mot d’ordre et un état d’esprit.
Les priorités du Forum
Impact Mag : Quels sont les axes majeurs que vous avez souhaité mettre en avant cette année ?
FNB : Trois chantiers prioritaires :
- L’ancrage territorial de la RSE, en donnant la parole aux PME africaines et non plus seulement aux multinationales.
- La gouvernance responsable, c’est-à-dire des institutions capables de rendre compte, d’évaluer et de corriger.
- L’investissement à impact, car la finance doit redevenir un levier de transformation, pas seulement un outil de rendement.
À Lomé, nous avons voulu montrer que la RSE pouvait être rentable, mesurable et culturelle à la fois.
Les champions de la RSE
Impact Mag : Plusieurs entreprises, comme BB Lomé, ont été distinguées pour leurs actions sociétales. Quels critères vous guident dans cette sélection ?
FNB : Nous évaluons l’innovation sociale, la cohérence entre discours et pratiques, et surtout la capacité à embarquer d’autres acteurs. BB Lomé, par exemple, a su transformer sa démarche de mécénat en politique structurée d’impact, mesurable et inspirante. Ce sont ces modèles-là que nous voulons faire connaître et essaimer sur le continent.
La Question Miroir — “Ce que le miroir renvoie de soi”
Impact Mag : Quand vous regardez le parcours que vous avez tracé — de Citibank Gabon à ACT Afrique Group en passant par vos engagements RSE — qu’est-ce que vous voyez dans le miroir aujourd’hui ?
FNB : Je vois un Africain qui a longtemps cherché le sens derrière la performance. J’ai connu la finance dans ce qu’elle a de plus exigeant : les chiffres, les bilans, la pression du rendement. Mais à un moment, j’ai compris qu’une entreprise n’est forte que si elle rend le monde un peu meilleur. Ce miroir, je le regarde sans complaisance : j’y vois mes doutes, mes apprentissages, mais aussi une conviction inébranlable : l’Afrique n’a pas besoin de charité, elle a besoin de cohérence et de confiance en elle-même.
Le Regard Décalé — “Changer de focale pour voir autrement”
Impact Mag : Si l’on se place du point de vue des jeunes Africains de 20 ans, qui n’ont connu que la crise, le digital et l’urgence climatique, comment leur parler de “responsabilité sociétale” sans que cela sonne comme un luxe ?
FNB : Excellent décalage ! La RSE ne doit surtout pas être perçue comme une affaire de grandes entreprises ou de comités éthiques. Pour la jeunesse, elle doit rimer avec opportunités : des emplois verts, des startups à impact, des modèles d’entrepreneuriat collectif. Quand un jeune code une application pour optimiser la consommation d’eau ou créer un réseau de recyclage, il fait de la RSE sans le savoir. La vraie révolution, c’est de relier la responsabilité à l’innovation, pas à la contrainte.
La Parenthèse Humaine — “L’homme derrière le dirigeant”
Impact Mag : Vous parlez souvent de valeurs, de foi en la jeunesse. En dehors du costume de dirigeant, qu’est-ce qui vous anime au quotidien ?
FNB : (Sourire) Ce qui m’anime, c’est la transmission. Je me nourris des rencontres avec les jeunes entrepreneurs que je mentorise à Dakar, Lomé ou Libreville. Je crois profondément que le rôle d’un dirigeant, c’est d’ouvrir la voie, pas de la fermer derrière lui. Et puis, j’ai besoin de nature : je cours souvent tôt le matin, c’est ma manière de rester ancré. Dans ce silence, je me rappelle pourquoi je fais tout cela : pour que la réussite en Afrique ne soit plus une exception, mais une norme.
L’Échappée Belle — “Hors du cadre, un rêve pour demain”
Impact Mag : Si vous pouviez vous offrir une échappée belle, hors de la stratégie, des forums et des chiffres, où iriez-vous et que feriez-vous ?
FNB : J’irais probablement sur la côte gabonaise, face à l’océan, avec un carnet et du temps. J’écrirais sur l’Afrique que j’imagine dans vingt ans : un continent où les jeunes ne partent plus pour réussir, où la prospérité est synonyme d’équité, et où la durabilité n’est plus un slogan mais un réflexe. Cette échappée-là, je la fais déjà par instants, quand je vois une entreprise africaine décrocher un label RSE, ou un étudiant trouver sa voie grâce à un projet d’impact. C’est ma façon de respirer.
Le futur de la RSE en Afrique
Impact Mag : Revenons à la réalité du terrain : comment imaginez-vous l’évolution de la RSE sur le continent d’ici cinq ans ?
FNB : La RSE sera la norme de compétitivité. Les bailleurs, les consommateurs, les talents vont exiger des preuves d’engagement. Ceux qui ne s’adapteront pas seront hors-jeu. Mais je reste optimiste : l’Afrique a cette capacité de bondir. Nous ne rattraperons pas le monde, nous l’inspirerons.
Mot de clôture
Impact Mag : Si vous deviez résumer le message du Forum en une phrase ?
FNB :“Mesurer l’impact, c’est mesurer la dignité.”
Ce n’est pas une formule : c’est une boussole. L’entreprise africaine du futur ne se contentera pas de créer du profit ; elle créera du sens. Et ce Forum de Lomé en est la démonstration vivante.
Propos recueillis par la rédaction d’Impact Mag
Lomé, octobre 2025

